Trop souvent, avant même de construire une démarche RSE, la question du label se pose. Pourquoi trop souvent ? Parce que cette question pertinente ne peut pas être la finalité de ce qu’est une démarche RSE, un véritable tournant stratégique potentiel pour votre entreprise. Retrouvez nos conseils pour bien comprendre les enjeux et les bénéfices d’un label RSE.
Qu’est-ce qu’un label RSE ?
Première difficulté : trouver une définition claire d’un label. La COFRAC commence par nous dire qu’il n’existe pas de définition juridique d’un label. Aïe. Cela ouvre donc la porte à de nombreuses opportunités et d’encore plus nombreux opportunistes !
Le dictionnaire Larousse annonce la couleur : c’est une étiquette » ou une « marque spéciale » « apposée sur un produit et destiné à la vente ». Ouille. On est donc dans le domaine commercial et marketing. Ce n’est pas grave, mais il est important de le savoir pour pouvoir distinguer les bons et les mauvais labels.
Qu’est-ce qu’un bon label RSE ?
Comme tout label, il convient de vérifier 3 conditions qui permettent d’en attester la valeur : la gouvernance, l’exigence, la notoriété.
La gouvernance consiste à s’interroger sur l’histoire du label, ce et ceux qui ont motivé sa création. Est-ce un label défensif pour justifier le maintien de l’huile de palme dans sa recette comme l’a fait Ferrero en lançant le label RSPO ? Est-ce un label offensif pour promouvoir quelques mesurettes en faveur d’un coton plus équitable comme le label BCI ?
La gouvernance, c’est aussi tout simplement identifier les propriétaires du label. Si un organisme gouvernemental est à l’origine d’une démarche labellisante, c’est plus rassurant que lorsqu’il s’agit de l’initiative des quelques grandes entreprises d’un même secteur. Les initiateurs se cachent vite au sein de structures associatives d’emblé à but non lucratif. Il faut donc accéder à la liste des sociétés ou dirigeants du conseil d’administration ou comité stratégique. Dans le cas du label Bleu Blanc Cœur, la liste des membres est exhaustive, avec noms et photos.
Ensuite, la qualité d’un label est directement proportionnelle à son exigence. C’est ce qui permet d’emblée d’accorder plus de crédit à un label qui repose sur une expertise terrain. Dans sa définition, la COFRAC pose bien la condition du contrôle du label. Quand l’obtention du label Ecovadis se satisfait d’un contrôle à distance de preuves mises en ligne par l’entreprise elle-même, cela lui confère objectivement moins de valeur que le label Engagé RSE remis suite à plusieurs jours d’audit sur place d’un évaluateur.
Enfin, la notoriété est une condition également importante pour déterminer la valeur d’un label. Et là surgit un vrai dilemme, quand le label moins sérieux est plus connu que le label sérieux, ce qui est le cas du matche entre Ecovadis et Engagés RSE. Si la notoriété du label est indispensable à son choix, il est idéal de l’associer à un niveau d’exigence suffisant, ce que les responsables RSE dans les entreprises savent reconnaitre désormais.
La norme ISO 26000 est-elle un label ?
Il y a encore quelques années, nombreuses étaient les entreprises qui affichaient fièrement leur certification ISO 26000. Certaines le faisaient sciemment pour donner une image plus positive d’elles-mêmes et ça s’appelle du greenwashing. D’autres arboraient leur certification Iso 26000 chèrement achetée à des cabinets de conseil frauduleux. Heureusement, la maturité du monde économique ayant progressé sur la RSE, de telles inepties ont aujourd’hui disparu.
En effet, Iso 26000 est une norme ISO qui ne se certifie pas contrairement aux normes ISO 9001 (management de la qualité) et ISO 14001 (management environnemental). Mais elle offre un référentiel essentiel aux entreprises engagées dans une démarche RSE et aidées par de vrais cabinets de conseil experts en RSE.
Quel est le contenu d’un label RSE ?
Pour évaluer le sérieux d’un label RSE, il faut vous assurer qu’il est basé sur les principes et le périmètre de l’ISO 26000. En particulier, le label doit évaluer les 4 performances principales de l’entreprise :
- La performance économique
- La performance sociale
- La performance sociétale
- La performance environnementale
L’impasse sur l’une ou l’autre de ses performances disqualifie le label de ses prérogatives RSE. Oublier la performance économique ne peut que souligner le risque d’un trop grand militantisme du label. De même, un label limité à la performance environnementale est peut-être un label expert reconnu mais aussi un label qui masque délibérément une performance sociale moins remarquable…
Donc, un label RSE peut prendre de la distance avec la norme ISO 26000 conformément au principe de réalité convenu. Mais il ne doit pas occulter complètement l’une de ces 4 performances.
Quels labels RSE sont fiables ?
Pour construire et valoriser une démarche RSE à l’aide d’un label, seuls 3 répondent à la définition d’un bon label ! B Corp, Lucie et Engagé RSE. La BPI a réalisé une série de webinar pour découvrir ces 3 labels et un article remarquable dont voici les extraits.
Qu’est-ce que le label LUCIE
Premier label RSE français, le label LUCIE atteste de la mise en place d’une démarche responsable et de sa réussite au sein des différentes structures (des TPE aux collectivités, en passant par les organisations). La première étape de labellisation requiert de l’entreprise qu’elle s’auto-évalue sur 7 engagements du référentiel du label, dès le début de sa démarche RSE. Après une évaluation par l’un des partenaires externes de LUCIE, l’entreprise élabore un échéancier et un plan de progrès, deux éléments inclus dans les critères de labellisation. La première évaluation des progrès effectués a lieu après 18 mois, et le label doit être renouvelé au bout de trois ans pour assurer une progression constante de la démarche RSE au sein de l’entreprise.
Particulièrement fiable et recommandé, le label LUCIE a été développé en partenariat avec l’Afnor, l’Association Française de Normalisation, et VIGEO (aujourd’hui Vigeo Eiris), agence de notation sociale et environnementale internationale, en 2008.
Qu’est-ce que le label Engagé RSE Afnor
Créée en 1929, l’Afnor (Association Française de Normalisation) est l’organisation officielle en charge des normes en France. Son label est une référence pour évaluer la maturité des démarches RSE d’une entreprise, association ou institution, quels que soient sa taille et son secteur d’activité.
Le processus d’obtention du Label Engagé RSE commence par une évaluation sur site menée par un expert indépendant, et une série d’entretiens avec 5 parties prenantes de l’écosystème de l’entreprise. Un rapport est ensuite produit, qui analyse les pratiques de l’entreprise et propose des pistes d’améliorations. Selon les résultats, l’entreprise obtient un niveau de performance RSE et est labellisée pour 3 ans au cours desquels des évaluations sont réalisées pour assurer le suivi des engagements.
Qu’est-ce que la certification internationale B Corp
La certification B Corp (Benefit Corporation) est attribuée aux sociétés commerciales qui répondent à des critères exigeants en termes de gouvernance, de transparence et de responsabilité sociétale et environnementale.
Le processus de labellisation se fait en plusieurs étapes. L’entreprise doit d’abord remplir un questionnaire en ligne en fournissant des preuves de ses engagements dans 5 domaines (collaborateurs, gouvernance, environnement, clients et collectivités). Elle doit cocher au moins 80 des 200 critères établis et, après évaluation, signer une déclaration d’interdépendance. Celle-ci a pour but de développer une communauté autour de ce label à impact positif. Une fois labellisée, l’entreprise doit contrôler sa performance jusqu’au renouvellement du label qui a lieu tous les trois ans.
Faut-il absolument un label pour construire sa démarche RSE ?
Les bénéfices d’un label, faut-il encore que le label soit robuste et fiable, sont nombreux. C’est un outil qui facilite à la fois le diagnostic, le plan d’action et l’évaluation de votre démarche RSE. Si sa notoriété est suffisante, il contribue à la valorisation de vos investissements RSE.
Si vous attendez un bénéfice d’image comme seul retour sur investissement de votre démarche RSE, alors un label peut vous le procurer. Au moins à court terme, dans la dynamique de son obtention. Mais votre label Fournisseur Responsable ne réussira pas à duper vos fournisseurs confrontés à vos délais de paiement à rallonge …
Il n’est donc pas indispensable, tout de suite de viser un label. Il est plus sage, plus simple et plus efficace, de mettre en place d’abord les fondamentaux d’une démarche RSE pertinente, partagée et solide et de différer la labellisation. N’oubliez pas que l’obtention d’un label RSE sérieux est onéreuse. Quitte à investir sur un label, autant investir pour avoir la meilleure note possible de ce label…
Quelle est l’alternative d’un label RSE ?
On l’a déjà dit, la 1ère alternative c’est aucun label. Le référentiel ISO 26000 suffit et peut être citer comme référentiel.
Si un client vous demande absolument une évaluation ECOVADIS, alors l’importance de ce client et de ses enjeux pour vous suffit peut-être à justifier la démarche.
Si votre entreprise peut se targuer de certaines bonnes pratiques voire performance, alors n’hésitez à identifier des labels ou normes spécifiques qui vous permettront d’appréhender une démarche de labellisation. Par exemple, vous pouvez démarrer la certification de votre logistique grâce au label 6PL.